Les étudiants deviennent acteurs du changement dans l’éducation avec Unishared

À 25 ans, Clément Delangue a créé Unishared, une plate-forme destinée à rendre le savoir accessible à tous. Un « social business » qui change la manière d’apprendre en favorisant la prise de notes collaborative.

Comment est né le site Unishared ?

Tout a commencé par un stage de huit mois chez eBay, où je me suis occupé de l’innovation mobile et de la partie « business developpement ». A travers cette expérience, j’ai pris conscience de ce qu’il était possible de faire dans le domaine de partage de compétence avec Internet. Ensuite, je suis parti à Dublin pour un semestre échanges dans le cadre de ma dernière année à l’ESCP (Ecole Supérieure de Commerce de Paris). Là-bas, j’ai commencé à “live-tweeter” mes cours. Je l’ai d’abord fait à l’occasion d’une conférence d’IBM et je me suis rendu-compte que cela intéressait plusieurs personnes. Cela a même généré des échanges intéressants, les gens me renvoyaient des liens, des ressources, des questions… J’ai senti qu’il y avait quelque chose à faire dans la prise de note collaborative et ouverte. Lors de mon dernier semestre, je suis retourné à l’ESCP et je me suis spécialisé en innovation… et j’ai créé Unishared avec un camarade.

Peux-tu nous rappeler le principe ?

L’idée principale, c’est de mutualiser la prise de note de cours et la diffuser sur internet. Les participants d’un même cours ou d’un évènement, peuvent créer du savoir en amont, prendre des notes de manière participative et continuer à enrichir le thème après. Cela marche en théorie pour n’importe quel cours, il suffit de créer une session. Le but de Unishared, c’est de rendre le savoir accessible à n’importe qui, peu importe ce qu’il fait, d’où il vient et où il se trouve. Pour nous, le fait d’être ouvert vers l’extérieur est très important car on montre que tout le monde peut apporter sa pierre à l’édifice. Par exemple, les commentaires, la recherche d’informations complémentaires ou contradictoires sont des rôles qui s’imaginent très bien sans avoir besoin d’être « encapsulé » dans le cours. Ce que j’aimerais, c’est de rendre l’apprentissage plus ouvert et plus collaboratif.

À quel stade de développement êtes-vous ?

Il y a déjà plus de 300 étudiants inscrits. Des grandes écoles ou des universités peuvent y créer leur espace pour que leurs étudiants publient les cours à cet endroit. Pour ces structures, cela permet d’avoir une visibilité à l’extérieur, de montrer une image d’ouverture et de partage. D’ailleurs le premier cours de l’Université de Stanford a été partagé sur Unishared au mois de juillet. Une petite réussite pour nous ! Depuis cet été, où nous avons travaillé d’arrache pied, nous avons intégré une dimension sociale à la plate-forme. Plus tard, on aimerait intégrer une application qui propose à chaque membre d’Unishared des cours pertinents pour eux.

Sais-tu comment est accueilli Unishared ?

Il y a un travail d’explication à fournir sur le fonctionnement d’Unishared et sur l’intérêt de participer. C’est sûr que cela demande une certaine connaissance du numérique et de l’utilisation de quelques outils… que tout le monde n’a pas ! Mais on a simplifié au maximum. Ce qui prend du temps, c’est de faire accepter ce type de concept aux différents acteurs. En pratique, il faut d’abord les faire tester. On voit qu’une fois qu’ils ont commencé, ils ont souvent envie de continuer. Pour moi, une entreprise doit être capable d’accompagner ou de générer des changements de comportements :  il n’y a qu’un pas entre prendre ses notes de façon « traditionnelle » et sur Unishared. Le point essentiel reste de laisser la possibilité d’avoir différents niveaux d’engagements. Par exemple, la plate-forme ne doit pas nécessiter un engagement fort dès le début, mais ce dernier doit pouvoir évoluer.

Pourquoi avoir décidé de créer une société ?

J’ai toujours baigné dans l’univers du commerce à travers ma famille. Dans ce domaine, il faut avoir cet esprit d’entrepreneur pour s’en sortir. Ensuite, à l’ESCP, je me suis investi dans une association qui conseillait des personnes voulant créer leur propre entreprise. J’ai eu la chance aussi de beaucoup voyager – j’ai fait plusieurs stages à l’étranger – ce qui m’a permis de me rendre compte de l’ouverture d’esprit et de la place qu’il pouvait y avoir pour s’exprimer, développer des idées. Du coup, j’ai eu envie de me lancer aussi dans entrepreneuriat, il suffisait d’avoir l’idée et d’être accompagné.

D’un autre côté, je savais depuis longtemps que ce que je ferai devait à la fois me passionner et avoir un sens autre que matériel. Les premières années à l’ESCP ont déclenché tout le reste : j’avais envie d’avoir un impact positif dans ce que je fais ! Le fait d’appartenir aussi à la communauté MakeSense, dont le but est d’aider des individus partout dans le monde à développer leur entreprise à finalité sociale, a renforcé ce sentiment de donner quelque chose à tous. L’idée de partager le savoir, de le rendre accessible, c’est très important pour moi. Le savoir dispensé dans les meilleures universités (e.g Harvard ou ailleurs) pourrait être suivi, partagé, commenté, augmenté par bien plus de personnes qu’il ne l’est actuellement. C’est l’un de nos objectifs.

Comment vois-tu l’entrepreneuriat social ?

Il est important pour moi de coupler innovation et social ! Ces deux notions vont très bien ensemble car l’innovation a de l’impact seulement si les gens l’acceptent et se l’approprient. Dans le même temps, des signaux montrent qu’on arrive dans une ère de prise de conscience des dimensions sociétales et environnementales par les entreprises. Ce mouvement part vraiment de la jeunesse et les générations un peu plus vieilles mettent plus de temps à s’y mettre, sauf quelques passionés. Du coup, le changement est très lent. Pour caricaturer, si tous les patrons du CAC40 avaient moins de 25 ans, je suis sûr qu’un changement de fond s’opérerait bien plus vite. Les jeunes ont beaucoup plus de contact avec la diversité et côtoyer la différence rend moins indifférent aux dimensions sociales.

>> Illustration : François Tancré (©, Eventpixr)

Article publié sur Knowtex

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Paris-Montagne 2012 : un festival d’expérimentations

Du 18 au 21 juillet 2012 se déroulait la 7e édition – la dernière dans ce format – du festival Paris-Montagne, organisée par l’association du même nom. Dans les locaux de l’École Normale Supérieure de Paris se sont retrouvés passionnés de sciences, associations, compagnies théâtrales et un public avide d’expérimentations scientifiques. Retour sur 10  temps forts de cet évènement.

1. Rencontre avec Livio Riboli-Sasco

Dans le cadre idyllique du jardin intérieur de l’ENS Paris, Livio revient sur l’histoire de l’association Paris-Montagne. Il a monté cette association en 2005 suites aux « émeutes » dans les banlieues. La philosophie : développer la culture scientifique non pas comme une fin en soi ou « juste » pour faire aimer les sciences mais pour faire de la formation à la citoyenneté.

Selon Livio : « En situation de conflit(s) et de ségrégation sociale, il est difficile d’aller dans les lycées et de dire on va vous éduquer à la citoyenneté ! Ça ne passe pas. En faisant des sciences, on peut leur montrer d’autres milieux et la dimension du travail communautaire. L’immersion des jeunes qu’on pratique depuis des années dans cette communauté, ça marche ! ». L’association a notamment développé le programme Science-académie qui propose des stages en labo à des lycéens.

2. Venez déguster la cuisine à l’azote liquide

Au menu, sucette de schtroumpfs, glace au chocolat, curly « effet-dragon », sorbet pêche et meringues givrées, le tout  accompagné de la sauce azote liquide. « Mangez tant que c’est froid » conseille au public les jeunes de l’association Paris-Montagne qui sont derrières les fourneaux, ou plutôt derrière le congélateur express d’azote liquide. Mention spécial pour les curly qui, une fois en bouche, nous font ressembler à un dragon en soufflant l’azote liquide par le nez.

3. Les molécules désaccordées

La compagnie Petite Nature, crée en 2007, est venue au festival cette année pour présenter sa pièce de théâtre « Les molécules désaccordées ». On peut y voir un voyageur musicien (Simon Drouin) rencontrer au bout du monde une mystérieuse collectionneuse de molécules (Elise Truchard) qui ne s’exprime qu’en langage chimique… Cette compagnie est née de la rencontre entre les mathématiques – Alessandro Vuilermin a une licence de mathématique – et le théâtre – Elise Truchard possède une maitrise de théâtre.

Pour Simon Drouin « dans cette pièce, on essaye de poétiser et de mettre en scène le langage scientifique ». En effet,  « le langage chimique évoque quelque chose de secret pour les enfants », ajoute Allessandro Vuillermin.

4. Le pingouin, gardien émérite de l’azote liquide

Le charmant doctorant en physique Jonathan explique ici à un public émerveillé les propriétés des supraconducteurs. Au programme : une bille qui lévite en l’air, le petit train sur un rail aimanté qui ne déraille jamais et garde toujours la même position ! Tout ça grâce au refroidissement extrême dans l’azote liquide, au champs magnétique et à Mr Pingouin bien sûr.

5. Un clown plutôt atypique !

La très rigolote clown Anissa, de l’association des Atomes crochus faisait découvrir au jeune public le surprenant effet de Bernouilli. « Quel est le moyen le plus efficace de gonfler le sac en plastique léger accroché à mon bras ? » leur demandait-elle. Chacun à leur tour, les enfants essayaient différentes méthodes : souffler le plus fort possible jusqu’à s’époumoner, souffler par intermittence, changer l’orientation du sac…. Petit à petit, Anissa les amène à se poser des questions, et les oriente vers la réponse.

En fait, il ne faut pas souffler fort en fermant l’ouverture du sac autour de la bouche. Au contraire, si on souffle doucement mais longtemps, en gardant l’ouverture non bouchée, le sac va progressivement se gonfler entièrement ! C’est simple mais pas intuitif : de l’air ambiant est en réalité entraîné par votre souffle et s’engouffre dans le sac, le reste est affaire de Bernouilli !

6. Mr et Mme tout le monde ont un zizi

Comment on fait des bébés ? C’est quoi l’amour ? Pourquoi mon corps se transforme ? Pourquoi les deux femmes se font des bisous là ? Toutes ces questions un peu embarrassantes pour les parents sont abordées de manière drôle et sans tabou par les deux comédiens de la compagnie l’Arbre potager.

Dans leur spectacle « Je t’aime plus grand que l’Univers. Et moi jte kiff à mort  ! »,  les deux acteurs se moquent des stéréotypes du genre : les garçons aime le foot, les voitures, les jeux vidéos et le bleu tandis que les filles préfèrent la danse, les poupées, papoter et le rose ! Chapeau pour les chansons rythmées par des percussions, du beatbox , la voix des comédiens et parfois aussi quelques instruments de musique…

7. Les patates et la pile biologique

Ces petites patates, reliées entre elles à l’aide de fils de cuivre, pièces de monnaies en cuivre et trombones, peuvent produire un courant électrique ! Les jeunes du programme Science Académie ont fabriqué une pile biologique avec de la terre, des bactéries, de l’eau et deux électrodes. Les bactéries, privées de dioxygène entame une fermentation, ce qui libère un électron, ce dernier circule grâce à une électrode jusqu’à l’eau. Puis, le dioxygène contenu dans l’eau va s’associer à électron et cela crée un courant électrique dont le seul rejet est l’eau.

8. Le feu au corps des savants en herbe

Toute simple, cette expérience réalisée par les savants en herbe n’en est pas moins impressionnante. Le « savant » fabrique des bulles dans une bassine d’eau savonneuse à l’aide d’un produit inflammable en spray – dont il ne me divulguera pas la nature afin que personne n’essaye de reproduire l’expérience chez lui. Après avoir plongé la main dans l’eau et pris des bulles de savon, il allume le tout… qui s’enflamme instantanément ! Ça ne brûle pas la main car le savon et l’eau sur la main atténuent la chaleur. Pour éteindre le brasier ?  Il suffit de serrer la main.

9. Les écosystèmes

Tout savoir sur un écosystème, c’est ce que proposait Benjamin, de l’association Science Ouverte. Dans cette association de Seine Saint-Denis, le but est d’ouvrir la science et la recherche  aux jeunes, particulièrement à ceux qui viennent de milieux défavorisés, et inversement d’ouvrir les banlieues aux chercheurs. C’est un échange mutuel entre deux mondes.

Pendant le festival, Benjamin organise des petits jeux pour faire comprendre et ressentir la notion d’écosystème. « Il n’y a pas que le chat qui mange la souris, il y a aussi d’autres interactions comme la communication verbale ou non, la symbiose… ». Il essaye aussi de les sensibiliser à la protection de l’environnement et à l’importance de préserver nos ressources naturelles.

10. Le planétarium version « savants en herbe »

L’association des Savants en Herbes existe depuis 5 ans et propose des ateliers de sensibilisation scientifique pour susciter la curiosité des enfants. Une fois qu’ils y ont pris goût, ils apprennent à chercher les réponses par eux-même. Dans ce planétarium mobile, on pourra découvrir grâce à Jean-Roland, le ciel étoilé qui devrait briller au-dessus de Paris s’il n’y avait pas toutes ces pollutions lumineuses. L’animateur nous emmène avec humour aux confins de la Grèce antique, à la découverte de l’Univers. À travers la mythologie grecque, notamment les nombreuses « conquêtes spatiales » de Zeus, le public découvre l’origine des noms de certaines étoiles et constellations.

Article publié sur : Knowtex

L’art au service du nucléaire

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L’exposition itinérante « Vous avez dit radioprotection ? », crée par le Pavillon des sciences de Franche-Comté et présentée actuellement à Helsinki, repose sur un concept original et inattendu. Elle propose au public d’admirer neuf œuvres artistiques sur le nucléaire et la radioprotection. Par exemple, Little Boy, la bombe qui ravagea Hiroshima, est représentée par des centaines d’ampoules qui s’allument brutalement lorsque l’on appuie sur le bouton. L’œuvre est à la fois poétique et inquiétante.

« Sur un sujet comme celui-ci, proposer une communication des experts vers le grand public de façon classique aurait été un échec » confiait Jacques Lochard, commissaire de l’exposition, au journal Les Échos. Il pense que l’art constitue une bonne alternative aux discours scientifiques. C’est une façon insolite de parler des divers domaines du nucléaire, tel que la bombe atomique, l’accident de Tchernobyl ou l’utilisation du radium pour lutter contre le cancer. Ces sujets parfois tabous et anxiogènes n’avaient jamais été exploités dans un cadre artistique. Les artistes sont restés objectifs afin de ne pas influencer l’opinion du public sur le sujet.

Mais ce choix de réunir art et science n’est pas approuvé par tout le monde. En effet, le public habitué aux centres de culture scientifique trouve que l’exposition n’est pas assez ludique car on ne peut pas interagir avec les œuvres. Tandis que le public « expert » en art trouve que les œuvres ne sont pas assez fortes et radicales car ce sont des commandes extérieures qui suppriment la spontanéité caractérisant l’art.

Article publié sur : Le Grand Public